le Secours populaire en Auvergne Posté le 24/01/2018 - Par fg actions des membres d'ESAN

Des associations, dont le Secours populaire ou Solidarité Santé 63, viennent en aide aux migrants

Série : Cette année, La Montagne vous fait découvrir de l'intérieur les différentes actions et missions du Secours populaire.

 

Au fil des années, un vrai réseau s’est créé entre différentes structures sur les questions de santé en direction des migrants. Au Secours populaire, il est question d’orientation.

Si ce n'est l'absence d'une table avec une pile de magazines hors d'âge, la salle d'attente du centre de santé Paul-Suss, géré par l'association Solidarité Santé 63, ne diffère en rien d'une salle d'attente habituelle. À ceci près que rue Daguerre, à Clermont-Ferrand, alors que le CHU Gabriel-Montpied est à portée de vue, les patients sont en grande majorité étrangers. Mineurs, majeurs, demandeurs d'asile, déboutés du droit d'asile : c'est ici qu'ils viennent se voir dispenser gratuitement des soins ou délivrer des traitements.

Ce mercredi après-midi, quelques minutes seulement après l'ouverture des lieux, ils sont déjà plus d'une dizaine à patienter. Au point que les retardataires sont, dès 15 heures, conviés à repasser le lendemain. « On se demande si on ne va pas désormais rester ouvert en continu », s'interroge Céline Seignez, responsable administrative de la structure associative qui propose, depuis sa création en juin 2004, ces soins gratuits aux personnes en situation de précarité.

Vingt-et-un professionnels de santé se relaient

Sur place, vingt-et-un professionnels de santé (du médecin généraliste au chirurgien-dentiste en passant par l'ophtalmologue, le radiologue, le cardiologue ou encore les infirmiers pour ne citer qu'eux) se relaient bénévolement sur différents créneaux et au fil des nombreux rendez-vous. Sur place ou à l'extérieur, dans les Centres d'accueil et d'orientation par exemple. « L'activité est délirante », n'hésite pas à résumer avec familiarité Marie-Jeanne Gilbert, présidente de l'association. En cause ? Les nombreuses arrivées de migrants ces derniers mois. Une affirmation qui se traduit dans les chiffres. Entre le 1 er janvier 2017 et le 30 novembre dernier, la structure a accueilli 2.085 nouveaux patients, soit 35 % de plus que l'année précédente. Les actes médicaux ont augmenté de 20 %, pour flirter avec la barre des 9.000 (8.923 précisément). En 2016, une augmentation de 28 % avait déjà été constatée.

Les pathologies prises en charge peuvent être chroniques (diabète, hypertension) ou plus courantes (liées à des états infectieux). Les questions de vaccination et de sérologie reviennent souvent. Plus que physique, la détresse est aussi psychologique, inhérente à des semaines, voire des mois, de traversée à travers l'Afrique ou une partie de l'Europe.

« Leur arrivée en masse nous a pris de court », confirme Marc Estève, 63 ans. Avant de se retrouver dans la salle d'attente du centre médico-social Paul-Suss, c'est dans son exigu bureau du Secours populaire, rue du Bien-Assis, qu'ils sont pour certains passés. Dans une vie antérieure, Marc Estève était professionnel de santé sur Clermont-Ferrand et Saint-Flour. La retraite n'a pas eu raison de son envie d'aider. Au contraire. Il a pris la direction de l'association humanitaire pour y devenir bénévole. « Ils voulaient développer leur action autour de la santé ». Dont acte.

Détresse physique et psychologique

Sur place, en plus d'un temps d'écoute, il propose des bilans de santé gratuits. Les questions y sont générales et succinctes. Elles permettent, malgré la barrière de la langue, de mettre des mots sur leurs maux. « Les migrants, ils n'ont aucune espèce de Sécurité sociale. Ils déboulent ici, ils ne parlent pas français et ne savent pas à quoi leur traitement peut correspondre. »

Pas question pour autant de se substituer aux professionnels de santé. « Nous sommes dans l'esprit du Secours populaire. Nous sommes là pour permettre aux personnes de préserver leur dignité. » Tout en leur donnant la possibilité de bénéficier du réseau qui s'est créé ces dernières années entre le Secours populaire, le dispensaire Émile-Roux, l'espace santé du collectif pauvreté précarité, les centres de vaccination ou encore l'association Solidarité Santé.

De retour au centre médical, les patients continuent de défiler. Ce jour-là, des internes en médecine assurent les consultations. Et les problèmes dermatologiques que peine à identifier l'un d'entre eux semblent coïncider avec la mise à l'abri du 115 dans les bungalows. « Si les consultations sont médicales, le social n'est jamais bien loin », conclut Céline Seignez.

Pierre Peyret    24/01/2018   in  La Montagne



Réagir

CAPTCHA