UNICEF rapport 2015

L'Unicef s'alarme du non respect des droits des enfants en France

Quelque 30.000 enfants sont sans domicile, 9000 habitent dans des bidonvilles et 140.000 décrochent de l'école chaque année.

 

 Un enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. L'organisation émet 36 recommandations pour remédier à cette situation dans un rapport publié mardi.

Le constat est sévère. L'Unicef s'alarme mardi du non respect des droits des enfants en France. L'organisation, dont la mission est de veiller au respect de la Convention internationale des droits de l'enfant, a remis lundi son rapport au Comité des droits de l'enfant de l'ONU. Or le document met en lumière plusieurs manquements autour de l'application de cette convention, pourtant signée par la France.

«Il existe un trop grand décalage entre les textes actuelles et leurs mises en application», déplore Nathalie Serruques, responsable de la mission Enfance en France à l'Unicef. Pour remédier à cette situation, l'Unicef a émis 36 recommandations. Elle préconise entre autres de garantir un égal accès à l'éducation, notamment pour les mineurs isolés ou vivant dans des bidonvilles, d'allouer des ressources suffisantes au plan de lutte contre le décrochage scolaire, ou encore de développer des lieux d'écoute et de prévention pour les adolescents.

Or le pays compte aujourd'hui trois millions d'enfants pauvres, soit un enfant sur cinq. Plus de 30.000 d'entre eux se retrouvent sans domicile, 9000 vivent dans des bidonvilles et 140.000 élèves décrochent du système scolaire chaque année. Les effets de la récession se font également sentir. Entre 2008 et 2012, 440.000 enfants supplémentaires ont ainsi plongé dans la pauvreté. Pour y remédier, l'Unicef exige une stratégie globale pour les enfants.

Une situation attire particulièrement l'attention de l'Unicef: celle des mineurs isolés étrangers ou vivant en bidonvilles. «Ces enfants sont invisibles, ils échappent complètement aux statistiques publiques, relève la responsable de la mission Enfance. Pourtant la précarité les frappe de plein fouet». «La France fait preuve de discrimination à leur égard, leur réservant un traitement différent des autres enfants de manière injuste et illégitime», accuse même le Fonds des Nations Unies pour l'enfance dans son rapport. Celui-ci demande, conformément aux textes en vigueur, la stabilisation des familles vivant en bidonville ou encore l'abandon des test osseux pratiqués sur les mineurs étrangers en vue de déterminer leur âge Promesses gouvernementales

Autre sujet de forte inquiétude et de déception, la justice pénale des mineurs et l'abandon d'une réforme d'envergure. Le glissement de la justice des mineurs vers celle des adultes opéré dans les années 2000 est en contradiction avec les principes de la CIDE et l'esprit de l'ordonnance de 1945, souligne le rapport. Les tribunaux correctionnels pour mineurs n'ont ainsi toujours pas été supprimés, malgré les promesses gouvernementales. L'Unicef France souhaite qu'un seuil de responsabilité pénale soit fixé à l'âge le plus élevé possible, sans exception prévue, et assorti d'un critère complémentaire de discernement.

«Nous sommes d'autant plus déçus qu'il y a deux ans, le gouvernement avait acté un changement de modèle avec l'annonce de son plan pluriannuel contre la pauvreté. Celui-ci prenait notamment en compte une nouvelle approche esquissée dans un précédent rapport de l'Unicef sur la mesure de la pauvreté des enfants, détaille Nathalie Serruques. Mais, au moment de publier la feuille de route cette année, la question de l'enfance est devenue totalement périphérique.»


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